This Must be the Place



J'ai vu This Must be the Place et je suis perplexe. J’oscille entre le road-movie de génie et le grotesque portrait d’une rock-star neurasthénique à la recherche d’identité.


Et pourtant quelque chose m’a émue. Quelque chose malgré les longueurs et le soporifisme de certains passages.


Pour te situer le mélodrame, Cheyenne est un chanteur has been qui a connu ses heures de gloire dans les années 80 au point de chanter avec Mick Jagger, mais le type est aujourd'hui un repenti carbonisé et dépressif qui vit de ses royalties dans un manoir irlandais où il s'emmerde un peu.


Dans ce rôle, Sean Penn trimbale la vacuité de son existence en bandoulière et est d’une émouvante beauté.


Ce film est le récit initiatique d’un grand enfant, à mi-chemin entre Robert Smith et Edward aux mains d'argent, ancien héroïnomane qui traîne sa peine, son ennui, ses fêlures et son chariot dans les supermarchés, ou joue à la pelote avec sa femme dans une piscine vide.


La mort de son père, avec lequel il a coupé les ponts depuis trente ans, le ramène à New-York où il apprend que son défunt paternel a passé sa vie à nourrir une vengeance exacerbée contre un nazi qui l’avait humilié durant l’Holocauste.


L'ex-rock star s’embarque alors dans un voyage à travers l’Amérique pour retrouver cet homme et accomplir la mission que son père n’a pas eu le temps d’achever.


Ce film est un film méditatif sur la quête d’identité et de reconnaissance, sur la culpabilité, sur la nostalgie.


On s’enfonce dans une Amérique peuplée de motels déserts, de pick-up, de stations-service et de fast-food qui servent des hamburgers trop cuits.


Une Amérique aux effluves de goudron, où la plus grande pistache du monde peut devenir un objet d'art et où les armuriers vendent des pistolets qui font mal.


Comme toujours, Sean Penn illumine l’écran dans ce registre naïf qu’il connait bien. Il gère excellemment le jeu en tous points de vue, sa démarche, ses regards, la tendresse et l’intonation de sa voix qui forcent l’admiration et le sentiment d’empathie pour ce personnage rongé par le passé.


La B.O. signée David Byrne (Talking Heads...This must be the place...tu suis ?) est tout simplement mémorable ainsi que la mise en scène de Sorrentino.


Chaque plan semble transpirer le mal-être du personnage, un téléphone tendu, une piscine vide, les vastes routes arides des Etats-Unis, le tout agrémenté du récit d’un ancien prisonnier d’Auschwitz, « Before the inferno, there was the sky, black clouds, white snow ».


En toute objectivité, ce film n'est pas ce qu’on pourrait appeler un GRAND film, mais Sorrentino excelle lorsqu’il s'agit d’imaginer des personnages attendrissants, un peu crazy et psychologiquement instables.


Avouons-le, sans Sean Penn, Frances McDormand et Eve Hewson, ce film serait un peu un road-movie dans lequel même le cinéaste se serait égaré, mais la qualité des compositions est telle qu'on se laisse embarquer.


Tous dans le même pick-up.

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