La société pornographique




Un samedi soir je regarde On n’est pas couché. C’est une émission que je regarde depuis des années, je trouve son concept très efficace, débattre sur des tas de sujets différents, avec des tas de gens différents.


Ce samedi-là, un certain Jean-Paul Brighelli est invité. Il n’a pas l’air très sympathique, il est enseignant et a écrit des romans érotiques sous divers pseudonymes.


Ce mec-là, il est invité pour la sortie de son essai sociologique La société pornographique. Alors je me dis que ça peut être intéressant, pas de parler cul mais bien d’un truc qui est devenu inhérent à notre époque, la dépendance au porno, tout ça.


Je regarde l’émission et comme toujours, je me dis putain, ce mec-là personne ne le connaît et en l’espace de cinq minutes, le service public t’as retourné le cerveau et demain t’iras à la FNAC acheter un bouquin qui parle de films de cul.


Il m’a coûté 16 euros. Bien, je vais y revenir.



La jeune fille en photo (plus haut également), c’est Jessie Andrews. Jessie Andrews vient d’avoir vingt ans. Je l'ai découverte dans une autre émission, une émission qui parlait d’Hollywood et de ses rêves de gloire. Jessie voulait devenir actrice, elle en avait toutes les qualités, avec son joli visage enfantin et sa sympathie. Alors à dix-huit ans, Jessie est devenue actrice, mais pas le genre d’actrice qui monte les marches à Cannes, une actrice de films X. Je regarde le reportage et Jessie nous parle de l’industrie du porno comme d’une poule aux œufs d’or, Jessie gagne 700 euros par jour en ne faisant selon elle, pas grand-chose.

« C’est beaucoup plus facile de percer dans le porno. Même débutante, tu peux te faire de l’argent tout de suite. (…) Tu vas forcément plaire à quelqu’un (…) et hop, tu t’es fait 700 euros. »

Elle n’a pas d’appartement, alors elle vit dans le studio où sont tournés ses films, avec pour berceuse les gémissements des autres actrices. Jessie dit qu’elle est habituée, ça ne la dérange pas. Je regarde cette fille pleine de vie et je me demande…comment peut-on accepter ce genre de vie, alors même que Jessie avait d’autres rêves plus honorables ? Je ne comprends pas. L’attrait pour l’argent est-il si irrésistible ?



Dans son livre, La société pornographique, Jean-Paul Brighelli fait une très juste comparaison entre la junk food et la pornographie. L’érotisme d’antan amenait les choses avec plus ou moins de délicatesse, mais la pornographie elle, a tout balayé, aujourd’hui, on a affaire à du « fast-sex ».


Je parlais de la publicité il y a quelques temps. Jean-Paul Brighelli revient sur une campagne publicitaire de 81, une campagne de l’Afficheur Avenir qui a marqué les esprits. On y voyait une jeune fille, Myriam qu’elle s’appelait, en maillot de bain, qui annonçait « Le 2 septembre, j’enlève le haut ». Et elle l’ôta effectivement à ladite date, laissant apparaître glorieusement ses seins, en proclamant cette fois « Le 4 septembre, j’enlève le bas », ce qu’elle fit également. Sur cette dernière affiche apparaît le slogan « Avenir, l’Afficheur qui tient ses promesses ».


Alors, je ne comprends pas très bien l’intérêt de ce genre de pub, et de toutes les autres affichant une femme à moitié à poil pour nous vendre du parfum. Quel est le rapport au juste ? Dans les années 50 et avant le phénomène de « libération sexuelle », l’érotisme, ancêtre de la pornographie, et la presse liée au sexe, c’était quelque chose qu’on chinait discrètement dans les arrière-boutiques, on suggérait, on observait à travers les serrures, le désir ne pouvait se dire que par effraction. Aujourd’hui, on vend du sexe virtuel, la pornographie est la nouvelle éducation sexuelle de l’adolescent en phase masturbatoire, le même type de satisfaction impulsive et immédiate que l’ingestion d’un Big Mac. Alors t’as un pauvre malheureux de 13 ans, totalement inexpérimenté et curieux d’en savoir un peu plus sur l’énigme qu’est la femme. Ce grand enfant, en deux clics, va tomber sur un film porno sur l’Internet, et ce qu’il va y voir, c’est le règne du faux, des hommes aux queues magistrales filmées en contre-plongée, des femmes siliconées, trafiquées de A à Z et épilées au laser, et ce jeune-là, croyant avoir affaire au sexe dans sa pratique la plus générale, va s’empresser d’adopter le comportement stéréotypé du hardeur et de violer une jeune fille sur le parvis d’une gare pendant que ses copains filmeront l’exploit et posteront la vidéo sur Facebook. Véridique. C’est un truc totalement hallucinant, je ne sais pas. Nous vivons à une époque où tout est bon à prendre, où la dignité d’une personne vaut quelques centaines de dollars. La chair des films pornos est le chiffon rouge sur lequel foncent les jeunes et les moins jeunes, parce qu’ils se croient taureaux. J’ai lu le livre de Jean-Paul Brighelli et j’ai compris pourquoi tant de malades couraient les rues, pourquoi tous ces viols, ces meufs embrigadées dans des tournantes aux allures d’orgies scénarisées. La pornographie assigne, elle ordonne, elle impose. Elle tue le désir en prétendant le combler, elle fait le vide, elle fait le rien, l’obscène est sur la toile, il est aussi dans les discours des politiques, les comportements et les stratégies des publicistes. Je vous conseille vraiment ce livre, et aussi mettez une culotte bon sang. Voilà, c’était long, mais c'était bon, non ?

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